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Le Canal de la Sauldre

lundi 6 juin 2011, par Admin

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Le Canal de la Sauldre, lien entre les communes

 

 

La genèse du canal (1828-1846)

 

Le Canal de la Sauldre a été conçu dans le but d’améliorer l’agriculture en Sologne. Il devait permettre d’y amener de la marne(mélange naturel de calcaire, de sable et d’argile) abondante aux confins du Pays-Fort, pour amender le sol acide d’une région de ce fait infertile. Il devait également être utilisable pour l’irrigation des prairies par des eaux chargées de marne, et le drainage de la Sologne, très humide en beaucoup d’endroits.

 

L’idée de cet ouvrage aux finalités très particulières revient à l’ingénieur hydraulicien Adhémar Barré de Saint-Venant et à un notable local, Alexis Soyer, maire d’Argent sur Sauldre. Après plusieurs études sur le terrain (en 1826, 1828 et 1844), Barré de Saint-Venant, dans un mémoire rendu public en 1844, projetait d’amener la marne par bateaux d’ Argent sur Sauldre à Lamotte Beuvron par un canal "de petite navigation", tandis que les eaux chargées de limon marneux de la Sauldre auraient été distribuées de part et d’autre du canal par un système de "rigoles" constituant un réseau permettant l’irrigation de certaines zones. En 1845, une compagnie privée, la Compagnie française d’Irrigation, se forma pour construire ce canal, et l’ingénieur civil d’origine italienne Raphaël Pareto fut chargé d’en dresser les plans. Mais la compagnie, jugée "peu sérieuse" par beaucoup, fut déclarée en faillite dès 1846, "avant d’avoir déraciné la première bruyère".

 

 

 

Les Ateliers de la Sauldre (juin 1848-avril 1849)

 

La présence à Paris d’un grand nombre de chômeurs inscrits dans les Ateliers nationaux, que l’on souhaitait à la fois occuper à des travaux utiles - principalement de terrassement - et éloigner de la capitale en raison de leurs opinions révolutionnaires réelles ou supposées, permit la mise en chantier de ce canal, proposé en avril 1848 par Camille Desmazures, un jeune ingénieur formé à l’ École centrale et parent de Barré de Saint-Venant. Le 10 juin 1848, sur proposition du ministre des Travaux publics Ulysse Trélat, la construction du canal de la Sauldre était votée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale. Le 21 juin, les Ateliers Nationaux étaient fermés, et une partie de ses ouvriers appelés à se tenir prêts à partir en province pour y réaliser des travaux de terrassement (notamment le prolongement entre Troyes et Bar-sur-Seine du canal de la haute Seine, et le canal de la Sauldre).

 

En ce qui concerne la Sologne, l’Etat, devant l’urgence, avait racheté les plans établis par Raphaël Pareto, et confié à celui-ci la direction du chantier. L’ingénieur en chef du canal de Berry   en résidence à Bourges, Henry Darcy, directeur administratif des travaux, marque immédiatement son désaccord avec le plan Pareto, trop limité à son avis et sans avenir du fait de son enclavement complet, et propose d’intégrer le futur canal de la Sauldre à un autre, plus développé, devant relier la Loire au Cher à travers la Sologne. Envoyée sur place, une commission composée d’ingénieurs hydrauliciens appartenant à l’élite du corps des Ponts et Chaussées (Henry Darcy, Benjamin Nadault de Buffon et Charles Poirée) se rallie à cette idée et, dans cette perspective, impose en juillet 1848 un nouveau tracé dans sa partie inférieure. "A la suite de cette décision, devait écrire Raphaël Pareto en 1851, je me suis trouvé dans une position bien difficile et bien rare, je crois, celle de devoir immédiatement faire travailler à un canal pour lequel je n’avais ni un plan, ni un nivellement, ni un devis. On m’ordonnait en même temps de commencer les travaux à l’extrémité inférieure du canal".

 

Le chantier s’ouvre donc dans des conditions d’improvisation inimaginables. En attendant la construction des baraquements d’une dizaine de camps répartis tout le long du tracé du canal, les ouvriers sont logés dans les granges des fermes voisines, sous des tentes militaires, voire, pour quelques-uns, en raison de l’été, "à la belle étoile". De juin 1848 à février 1849, plus de 1700 Parisiens entrent aux Ateliers de la Sauldre, tous volontaires, recrutés dans les mairies d’arrondissement de la capitale, et non pas déportés comme on l’a parfois écrit. Il n’en demeure pas moins qu’en raison de l’insalubrité notoire de la région, dont la population est alors décimée par le paludisme, beaucoup de chômeurs parisiens ne se rendent en Sologne que poussés par la misère.

 

En raison de l’insurrection parisienne des Journées de Juin consécutive à la fermeture des Ateliers nationaux qui vient de se dérouler quelques jours auparavant, ces ouvriers de toutes professions - dont beaucoup n’avaient aucun rapport avec les travaux publics - sont accueillis avec beaucoup de méfiance aussi bien par la population locale que par les autorités municipales et départementales. Comme les Ateliers nationaux dont ils sont issus, les Ateliers de la Sauldre sont organisés militairement sous la direction de Raphaël Pareto, successivement placé sous l’autorité des ingénieurs des Ponts et Chaussées Charles Auguste Machart et Pierre-Dominique Bazaine (fils). Tant bien que mal, quelque 13 kilomètres du futur canal sont creusés dans la région de Lamotte-Beuvron, jusqu’à épuisement des crédits, totalement fournis par l’État. Seule, l’extrémité orientale du chantier (à peine deux kilomètres, entre le Coudray et les Bouffards) sera intégrée ultérieurement au canal : les crédits affectés aux Ateliers de la Sauldre (1 200 000 francs) auront donc été dépensés pratiquement en pure perte.

 

 

 

 

Reprise et achèvement des travaux (1852-1869)

 

Vis à vis de l’opinion publique - et tout particulièrement de celle des notables solognots - il est difficile d’admettre un tel échec. Les travaux sont donc repris en 1852 sous la direction de Charles Auguste Machart, selon un nouveau tracé. Après l’expérience désastreuse de 1848-1849, on travaille désormais dans un autre esprit et dans des conditions techniques différentes, en faisant appel à des entreprises de travaux publics privées. Bien que bénéficiant de l’appui personnel de l’empereur Napoléon III, propriétaire du domaine de Lamotte-Beuvron, l’affaire traîne en longueur. En effet, on ne parvient pas, au niveau ministériel, à trancher entre deux projets, l’un, minimal, d’un canal limité à la jonction entre Lamotte-Beuvron et Blancafort, l’autre, beaucoup plus ambitieux - et coûteux car sa longueur aurait été trois fois plus importante - intégrant cette section à un canal devant relier la Loire et le Cher (en gros, l’idée d’Henry Darcy émise en 1848, reprise et développée par son successeur, Charles Auguste Machart). En définitive, on adoptera tardivement la solution la moins onéreuse. Les travaux sont achevés en 1869, et le canal immédiatement mis en service.

 

 

 

 

 

Le prolongement de 1882-1885

 

Dès 1876, les carrières de l’Aunay, achetées par l’État en aval de Blancafort, sont en voie d’épuisement. Par arrêté ministériel du 16 février 1881, le gouvernement décide le prolongement du canal de 3,6 km, avec trois écluses supplémentaires, en amont de Blancafort, jusqu’aux coteaux de Janvres (marnières de la Sablonnière). Les 19 premières écluses étant déjà numérotées de 1 à 19, ces trois écluses supplémentaires en amont reçoivent les matricules A, B et C. Les travaux sont réalisés de 1882 à 1885, et inaugurés le 14 juillet 1885. Commencé 36 ans plus tôt, le canal de la Sauldre atteint sa longueur définitive.


 

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